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La promesse des Dieux – Chapitre 2 // www.sweetberry.fr

La promesse des Dieux – Chapitre 2

Posté le 12.03.2014 • La Promesse des dieux

J’ai essayé d’écrire une histoire fantastique mais avec des enjeux qui peuplent notre propre terre comme le racisme, la différence, le fanatisme ou encore les « fausses idoles ». J’ai veillé à ce que la représentation soit la plus large possible, aussi bien en ethnies qu’en sexualité/genre. Ce sont des sujets qui me touchent et que j’aime au moins voir apparaître dans mes écrits sans les nommer, car ce devrait être la norme. C’est un écrit en cours de correction, soyez indulgent-e 🙂

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Une très bonne lecture !

Le lendemain, avant même que les soleils n’eussent passé l’horizon, les deux jeunes gens se retrouvèrent. Ils frissonnaient dans la brume matinale mais souriaient malgré leurs visages fatigués, d’une courte nuit passée à faire leurs sacs de voyage. L’angoisse de partir si vite, dans un monde qu’il ne connaissait pas beaucoup et l’idée du périple les avaient pris au cœur, leur empêchant de rejoindre pour la nuit, le monde parallèle des songes.

— Tu es vraiment sûre de toi ? Questionna une dernière fois le jeune homme.

Encéra lui répondit d’un bref mouvement de la tête. Il passa alors son vieux sac de toile râpée en bandoulière autour de son torse et prit le chemin en direction d’Higishu, la capitale du continent. Ils prendraient ensuite le bateau pour le continent d’Artazine et accosteraient à Balbog. Mais avant d’apercevoir la Mer Intérieure, il y avait deux semaines de marche. La jeune femme lui emboîta le pas.

— J’ai assez d’argent pour la traversée et j’ai fait envoyer le reste chez mon père. Nous le récupérons là-bas. Il n’y a pas à s’en faire.

Mekko pensait que ce n’était pas un problème de richesse la peur qui lui étreignait le cœur, vu qu’il connaissait la réputation et la richesse du père de son amie, mais plutôt le gigantisme que représentant le reste du monde. Monde qu’il ne connaissait absolument pas et qu’il n’aurait jamais dû connaître s’il n’avait pas fait la connaissance de la jeune fille aux yeux rouges ; lui qui n’avait jamais été plus loin que les champs entourant Méki-Méno, sa ville natale.

Il avait appris les noms des autres villes et il savait les placer à peu près sur une carte juste pour comprendre au fil des conversations, avec ses parents, les affaires de la planète, sans grand intérêt pour lui. Bien qu’il reconnaissait que les dangers étaient plutôt faibles en cette période de paix, dans le fond de son cœur s’accrochait l’idée que les hommes n’étaient jamais en paix et que la violence était une ombre attachée à chaque être pensant.

Pourtant, aux côtés de son amie, cette idée s’étiolait. Elle avait le pouvoir de rendre les choses simples et calmes. Alors sa respiration se calma, ses pensées négatives furent rejetées au loin et il marcha plus sereinement. Comme lui disaient souvent ses parents « verra bien c’qui arrivera ; et quand ça arrivera on s’ra prêts ». Il tourna la tête vers son amie qui marchait droite, le regard fixé en avant. Il aimait regarder ce visage fin et long. Il aimait les traits délicats qui contrastaient avec les siens. Il aurait aimé que ce fût réellement sa sœur, il aurait été fier d’avoir une sœur comme elle. Il n’arrivait pas à savoir s’il aurait été le grand ou le petit frère car il ne sentait pas hiérarchie entre eux. Ils s’étaient tout de suite compris et cela avait été formidable pour le petit Mekko.

Il se souvenait de ce jour, il y a maintenant presque quinze ans. Il jouait avec une sorte de balle faite d’une multitude de tissus devant le portique de la grande maison où des nouveaux habitants venant de s’installer. Tout le village murmurait qu’une o’lon était venue s’y installer. Cela avait intrigué le petit garçon qui n’avait pas perdu une minute pour aller voir de ces yeux. Il faisait semblant de frapper dans la balle et d’aller la rechercher plus loin, espérant qu’elle passerait le mur d’enceinte pour avoir une excuse et s’approcher plus près. Alors que d’un coup pied, il avait envoyé la balle dans un buisson, qu’il était courbé pour la retrouver, une fillette de son âge était apparue sa balle en main. Elle l’avait dévisagé et s’était enfuie avec. Mekko l’avait alors poursuivie. Il se jeta sur elle en hurlant pour lui faire peur mais elle l’avait affronté dans un combat au sol rudement féroce. Ils avaient gagné tous les deux des griffures et des bleus. Dans la bagarre, Mekko avait vu les yeux rouges de la fille et avait trouvé ça très beau et intriguant mais sa balle était plus importante que de s’attarder sur des prunelles couleur sang.

—  Encéra ! Encéra, où es-tu ! Nous allons passer à table ! avait hurlé une très grande femme à la peau mate, aux cheveux noirs.

La jeune fille avait alors giflé Mekko, sous le choc, il l’avait lâché et elle s’était enfuie dans la grande demeure. Le garçon était resté assis, le séant dans la poussière, une main sur sa joue, l’air hébété. Il se souvient s’être pris une rouste en rentrant chez lui, sale comme un cochon. Il était revenu tous les jours devant la maison, son ballon sous le bras. La jeune fille l’y attendait inlassablement. Ils jouèrent à la balle, à cache-cache, ils volèrent des fruits, firent des farces aux villageois. Et cela durait depuis.

Emmitouflé dans une longue cape en laine de wongesy, entièrement fermée, Mekko se mit à sourire.

—  Qu’est-ce qui te fait rire comme ça ? demanda sa compagne.

—  J’me souviens de quand j’t’ai vu la première fois. La rouste que j’t’avais mise.

—  La rouste ! Tu ne t’étais pas vu mon pauvre, avec ta lèvre gonflée le lendemain. Je crois bien que c’était moi qui avais gagné ce jour-là !

Ils sortirent et laissèrent derrière eux le village endormi qui les avait accueillis pendant toute leur enfance. Ils laissèrent aussi leurs proches qui, perdus dans le monde des songes, ne les avaient pas entendus s’enfuir. Encéra prit la grande et rugueuse main de son ami et la serra. L’épreuve était aussi dure pour l’un que pour l’autre mais Encéra sentait son cœur bondir de joie : c’était ce qu’il fallait qu’elle fasse. Le monde l’attendait. Le monde lui livrerait ses secrets.

Ils marchèrent toute la matinée sans parler. Ils se plongèrent dans leurs pensées respectives goûtant aux paysages nouveaux qui apparaissent devant eux. Encéra observait les plaines plates et vertes qu’elle avait déjà vues une fois lorsqu’elle avait déménagé. Mekko imaginait la réaction de ses parents, si bien qu’il ne fit attention à aucun élément autour de lui. Il y avait de temps à autre des chaumières éparses dans la lande environnante. On voyait parfois s’échapper des cheminées, une fumée claire. Par contre, les hommes étaient invisibles. Même dans les champs, le sol était laissé seul, personne pour le retourner et lui donner un peu d’air. Nos compagnons ne croisèrent pas âme qui vive avant le coucher du soleil, où une carriole cheminant dans l’autre sens les dépassa pour aller d’où ils venaient.

Les soleils arrivèrent au zénith alors que nos voyageurs passaient au travers d’une plantation de ntut, un fruit extrêmement odorant ; mais à cette période de l’année les fleurs n’étaient pas encore sorties et les fruits encore moins. Ils avancèrent au milieu de centaines de troncs tordus et pourtant alignés. Encéra toucha l’un des arbustes.

—  C’est beau, non ?

Mekko pour la première fois depuis qu’il avait quitté son territoire leva les yeux et observa autour de lui. Les arbres luisaient dans le soleil d’une couleur ocre mêlant l’oranger et le marron avec subtilité. L’écorce était parfaitement lisse sans la moindre aspérité, la plante était brillante comme un bonbon au sucre.

—  Ouai, c’très beau.

Et il le pensait, lui qui n’avait rien vu d’autre que les collines familières et les maisons habituelles. Il avait juste du mal à s’enthousiasmer à vive voix comme sa compagne. Pourtant, il appréciait le spectacle et se sentit bien. Il toucha un des troncs et sourit au contact doux de cet arbre étonnant.

—  Déjeunons ici. J’ai récupéré les restes d’hier soir. On devrait en avoir suffisamment pour arriver à la prochaine ville.

Mekko hocha la tête et vint s’assoir sur une petite pierre aux côtés de sa compagne. Ils mangèrent les bouchées aux épices en se racontait de nouveau quelques souvenirs d’enfance. Lui voulait être commerçant errant comme il en existait dans le monde et qui parfois venait se perdre par ici, cherchant les fruits et légumes rares du continent. Elle se voyait bien exploratrice ; et, en riant, ajouta que son rêve était presque devenu réalité. Le courage était une vertu qui se perdait de plus en plus dans la monotonie du lieu. Mekko se souvenait de ses rêves d’enfance, des rêves de voyages et de découvertes. Rêves qu’il avait mis en sourdine devant le travail que la ferme et ses parents réclamèrent de lui. Ils étaient trop pauvres pour le laisser continuer l’école qui se situait dans l’autre village, en contre-bas. Alors chaque soir, avec son amie, ils rêvaient aux grandes étendues flamboyantes dont elle décrivait le souvenir qu’elle en avait grâce à un livre d’images trouvé dans son ancienne maison.

— T’regrettes que ton père t’ait laissé ici ? interrogea Mekko.

— Non. Je ne vois pas ce qu’il y aurait à regretter. Tu es là, j’ai passé de bonnes années à Méki-Méno.

— Chai pas. Là-bas, à Balbog, y’a du beau monde. Pas comme ici, des champs et des paysans crottés.

—  J’aime les champs et les paysans crottés.

Ils reprirent leur route. Tous les cinq kilomètres, les gens du coin avaient aménagé, il y a moult années, des puits pour les marchands voyageurs. Car il y a moult années ce continent était reconnu comme vital. Ymöh, tel se nommait-il, signifiant « la mère », devint le grenier et la réserve de nourriture des deux autres continents. Le temps était à demi pluvieux et ensoleillé sans changement brusque de température, un climat parfait pour des plantations. Bons nombres de denrées provenaient des vastes champs d’Ymöh ; toutes les sortes de cultures s’y pratiquaient.

Les agriculteurs et leurs produits étaient reconnus d’entre tous et bénis par les autres peuples. Les marchands étaient donc les bienvenus pour exporter toutes ces denrées ; les chemins, les fontaines, les auberges étaient prévus et installés sur les grands axes, offrant une facilité de séjour aux errants venus de loin. C’est ainsi que les puits s’étaient également répartis et n’appartenaient à personne ; l’eau n’avait aucun maître, disait-on. Mais le commerce se ralentit avec les anciens conflits. Les guerres de races firent fuir les marchands, plus soucieux de leurs courtes vies. Ymöh ne fut bientôt plus visitée que par de rares courageux. Le commerce reprenait doucement, mais à présent plus beaucoup voyaient l’intérêt de venir de si loin en traversant la Mer Intérieure pour quelques fruits introuvables ailleurs. Les autres continents avaient, en temps, réussi à devenir autonomes en matière d’agriculture.

Chaque jour se répétait. Chaque fin de jour, nos compagnons voyaient les feux d’une auberge. Éreintés, ils poussaient les portes en bénissant les dieux de l’avoir mis sur leur route. Les chambres ne coûtaient pas cher et le repas du soir était compris. Même si la qualité gustative de la soupe et du quignon de pain qu’on leur apportait était discutable, ils les mangeaient avec entrain. Il y avait peu de monde à l’intérieur des salles de réception qui faisaient aussi restaurant. Un soir, il y avait deux hommes repus qui soupaient en silence chacun de leur côté.

— C’est rare de voir de la jeunesse par’ci. Qu’est qui qui vous pousse à viendre par’ci ? Questionna la vieille gérante en reprenant les écuelles vides.

— On voyage.

— Z’êtes des marchands ?

— Non, non. On voyage seulement.

Elle leur jeta un regard de dégoût, qu’ils ne comprirent pas, avant de repartir vers sa cuisine sale. L’un des deux hommes se leva, remit sur ses épaules un vieux manteau rapiécé de toutes parts. Il avait une barbe épaisse, de même pour ses sourcils. Ses yeux lancèrent des regards dans tous les sens. Il s’avança vers eux et en se penchant leur murmura dans un souffle empli d’odeur d’alcool :

— Sont mal vus ici les simples voyageurs. P’t’etre que vous z’êtes riches, mais cachez-le. Ici vivent les pauvres. On’aime pas les riches.

Il tituba jusqu’à la porte et s’enfuit dans l’ombre de la nuit maintenant avancée. Au lever des soleils, ils avaient déguerpi, ne croisant personne.

Leur deuxième semaine de voyage se déroula comme la première. Ils discutèrent en marchant, argumentant sur des sujets dont ils n’avaient jamais pensé avant. Ils firent aussi une liste des lieux remarquables dont ils avaient entendu parler et qu’ils voulaient voir avant de revenir sur ces terres. Leur parcours leur apparut alors envoûtant, passionnant, mais aussi extrêmement long. Mekko revenait aussi souvent sur les questions de sécurité et de danger que cela pouvait représenter. Encéra avait beau le rassurer qu’elle le protégerait, que les hommes n’étaient pas foncièrement méchants, il n’était pas tranquille. Même après une bonne nuit de sommeil sur un matelas trop mou, son cœur était rempli d’appréhension.

Ils entrèrent dans Higishu, au dixième jour de leur périple, avant que les soleils n’eussent terminé eux aussi leur journée. Ils allèrent directement au port. Il y avait quelques bateaux, plutôt petits, mouillés dans la jetée. L’un d’eux avait une longueur assez exceptionnelle par rapport aux autres et l’on s’affairait dessus. Nos compagnons se dirigèrent vers un homme à terre, plantés devant la rampe d’accès et qui griffonnait des symboles sur un parchemin. Encéra et Mekko le dépassaient largement d’une tête. Il était maigre, son visage émacié, ses pommettes creuses et ses poignets fins lui donnaient l’air d’un animal rampant qui pouvait se faufiler partout. Lorsque les deux jeunes gens se présentèrent devant lui, il rouspéta et baragouina quelque chose dans son écharpe cotonneuse.

— Comment ? demanda la jeune fille.

— Vous me cachez la lumière ! claironna-t-il en se décalant sans perdre de vue son papier noirci.

— Vous partez pour Artazine ?

— Tout le monde sait qu’on part pour Artazine, Mademoiselle.

Bien loin de se vexer d’être traitée de la sorte, Encéra s’intercala entre la lumière et le petit homme en demandant à pouvoir monter à bord du bâtiment flottant. La réaction de l’homme ne se fit pas attendre, il cracha sur le sol et releva la tête. Ses petits yeux d’un noir profond scrutèrent le visage de son interlocutrice.

— Allez vous cesser ça ! J’ai du travail.

— Nous aussi. On veut aller sur Artazine, répéta-t-elle fermement.

— Et bien soit. C’est trente-cinq pièces grises. Par personne. Et fichez-moi la paix !

Mekko s’étrangla en entendant le prix annoncé, mais Encéra fourra les pièces demandées dans la main du petit homme avant que son ami ne fasse une remarque. Le petit homme sortit de sa poche un carnet, inscrivit quelque chose sur deux feuillets, les arracha et leur tendit.

—  Vos laissez-passer. Bienvenu à bord et du balai !

Ils grimpèrent sur la rampe d’accès, montrèrent leurs papiers respectifs à un costaud qui flânait sur le pont. Il leur fit un signe de tête et leur indiqua la pièce des couchettes. La traversée allait durer toute la nuit puis trois heures à la levée des soleils. Et enfin, ils toucheraient les côtes artaziennes. « Si les Pierres le veulent », conclut le matelot avec un regard entendu.

Encéra n’avait pas le pied marin et ne s’en souvint que lorsque les vagues sombres frappèrent la coque du navire. Elle resta couchée, sur une maigre paillasse pendant toute la traversée, son ami à son chevet pour lui apporter de l’eau.  Quelques marins aguerris vinrent les voir pour s’intéresser au cas de la demoiselle. Chaque fois, ils eurent la même réaction : « c’passe avec le temps. Y en a plus pour très longtemps maintenant ». Ils clamaient tous ça chacun leur tour, heure après heure, le calvaire n’en finissant pas. Elle réussit malgré tout à dormir, tout comme Mekko. Et lorsque le bateau cessa de tanguer, les côtes d’Artazine étaient en vue. Le jeune homme aida son amie malade à sortir pour qu’elle prenne l’air et qu’elle voit le nouveau paysage dans la brume du matin.

On voyait la ville à perte de vue, juchée à même les flancs d’un val qui tombait dans la mer. La crevasse en pente douce était couverte de maisons en brique ou en pierre de couleur ocre. Plus on montait dans les hauteurs, plus les maisons semblaient fragiles et jeunes. De grands draps colorés flottaient un peu partout entre les baraques. On pouvait voir les rues sinueuses et étroites qui se frayaient un chemin au milieu des habitations et des gens. Des gens trop petits encore pour les apercevoir, mais on les devinait aisément s’affairer dans cette ville démesurément grande par rapport à tout ce qu’ils avaient connu jusque-là.

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