Le serpent, un symbole que négatif et lié au diable ?

C’est l’animal le plus symbolique ou presque. Symbole ovidien, il est complet et polyvalent. 

Selon Bachelard, cela serait lié à l’enlacement de son corps ; des nœuds et imbroglios de symboliques qui partent dans tous les sens. Découvrons ensemble tous les symboles qui sont liés à cet animal clairement pas mis en valeur en occident alors que c’est beau un serpent.

Transformation temporelle

Le serpent est un animal qui mue. Il se transforme et pourtant semble être le même. Il perd un morceau de lui mais ne meurt pas.

L’Ouroboros, le serpent qui se mord la queue représente le cycle. “La mort sort de la vie et la vie sort de la mort” #titre. L’ouroboros pourrait être vu comme l’animal-mère du zodiaque astrologique. Il rappelle aussi Jörmungandr qui est un serpent gigantesque qui borde le monde des hommes nordiques, Midgard. 

Certains serpents, je ne vous apprends rien, peuvent sécréter un poison mortel mais qui peut devenir aussi élixir de vie pour les Chinois qui l’utilise comme médicament ou comme vaccin. 

Le serpent devient alors symbole de gardien, voleur et détenteur de la plante de vie. C’est pour cela qu’on le retrouve comme symbole des pharmaciens.

Tatie Renarde, raconte nous l’histoire de l’emblème des pharmaciens et des médecins ! Tout commence avec un bâton…

Le caducée est un bâton autour duquel s’enroule deux serpents. Les serpents représentent l’art de guérir et nous le verrons à la fécondité et à la vie. Le bâton sera l’axe du monde ou de l’arbre de vie. 

Cet emblème est celui de Mercure, il le reçut de la part d’Apollon après lui avoir joué soit de la lyre soit de la flûte de pan au choix. Ca magouille pas mal chez les dieux. Quand Hermès le porte alors il est symbole de commerce voire même l’alchimie (les serpents se regardent et sont à l’équilibre comme le soufre et le mercure dans le monde), et il a de petites ailes en plus au haut du bâton. Les deux serpents représenteraient l’union du ciel et de la terre. Ce bâton guérirait les morsures de serpents.

On confond souvent ce bâton avec celui d’Asclépios, dieu de la médecine. Son bâton à lui est un simple bâton où un serpent, un seul, s’enroule autour. Le serpent est le symbole de la médecine en Grèce antique. Fun fact si on peut dire, Asclépios aurait été foudroyé par Zeus pour avoir ressuscité les morts et serait alors devenu la constellation du serpentaire. Serpenception.

Voilà pour l’emblème des médecins ou d’organisme lié à la médecine, parlons maintenant de l’emblème des pharmacien qui est composé d’une coupe, qui serait celle d’Hygie. Hygie est la fille d’Asclépios et d’Épione, déesse de la santé. Elle représente donc la santé préventive et préservée. Elle est souvent représentée un bol à la main et un serpent enroulé autour de son bras qui vient pour boire dans cette coupe. C’est pour cela que le serpent s’enroule autour de la coupe et la regarde comme s’il allait y boire un coup. Les symboles accordés à cette coupe et à ce serpent seraient que le serpent est le patient qui doit faire l’effort de prendre part lui aussi à la médecine et de se prendre en main pour se soigner avec l’aide des médecins. Un peu se sortir les doigts du fondement, mais les serpents n’ont pas de mains !

Le serpent est aussi un créateur de monde de plusieurs civilisations comme les aborigènes d’Australie, les Dogons du Mali ou Atoum chez les Egyptiens. Mais aussi Nü Gua, déesse chinoise au corps de serpent qui a crée les zhommes avec de la glaise. 

Parfois, les mythologies offrent des éléments d’autres animaux aux serpents, genre des ailes ou des pattes parfois. Ainsi, Quetzalcoatl, le serpent à plumes, est un dieu à la fois faste et néfaste. Il représente par les ondulations de son corps les eaux cosmiques et par ses ailes, le vent et l’air. Mélusine est aussi une femme serpent avec des ailes. Mais elle, soumise aux idées chrétiennes est mal vue, et passe pour une sirène.

Le serpent est un animal lunaire (lui aussi). Mais pour une fois, ce n’est pas négatif. Il est, par exemple, les écailles de la robe d’Ishtar, ou la coiffe des prêtres du mont Sinaï. Mais il est aussi celui qui protège le Bouddha-Mucalinda sous la forme d’un cobra qui fait le tour de l’homme illuminé et lui permet d’être au calme. D’ailleurs, Vishnou, lui-aussi, s’assoit sur le serpent Ananta ou Shesha. Y’a plus de respect ma bonne-dame.

Le fait donc d’être l’ouroboros, on peut conclure qu’il est le symbole des contraires, du positif mais aussi du négatif. De la vie et de la mort.

Anaconda de Luis Llosa

Le serpent fécond

Pour continuer dans les contraires, il est lié à la lune donc féminin mais sa forme rappelle la forme du pénis, donc plutôt masculin (on reste dans les symboles désolé pour les clichés). On doit d’ailleurs ce symbole à la psychanalyse freudienne. Il est aussi symbole de fécondité car il se régénère en muant.

En Inde, Nagas et Nagis sont deux génies serpentiformes qui sont androgynes et gardiens de l’énergie vitale contenue dans les eaux. Mais c’est aussi le serpent qui va chercher les enfants et les fait naître dans les demeures des hommes aux Togo et au Guatemala. 

Le serpent est parfois confondu avec le terme “dragon” et voici deux exemples. C’est sous la forme du Dragon Yin que les Chinois vénèrent leur dieu de la pluie et de la fertilité. D’ailleurs l’empereur est confondu avec ce symbole car il est celui qui survient aux besoins de son peuple, il est aussi symbole de fertilisation. Tout comme chez les Indonésiens où le roi porte le nom de “Roi dragon”. 

Comme on l’a vu avec la pluie qui est symbole de fertilité et donc de fécondation, le dieu de la pluie Tlaloc a pour emblème deux serpents enroulés l’un sur l’autre. Pour représenter la pluie, on la symbolise par, soit le sang d’un serpent, soit par un vase au forme ophidienne. Ophidienne, qui est propre au serpent. 

Et pourtant, alors que le serpent porte la féminité, il peut aussi être celui qui porte le sperme. Il est alors celui que l’on retrouve dans beaucoup de religion comme le premier mari. La mère de Kao-Tsou, le fondateur de la dynastie Ming, a été, selon la légende, fécondé par un serpent. Clément d’Alexandrie dira de dieu “qu’il est un dragon qui s’enfonce dans le sein ce cellui qu’iel veut initier”. La kundalini est le serpent lové au bas du dos de chacun·e et qui peut être associé à une puissante énergie spirituelle ou divine ou cosmique ou vitale, rayez la mention inutile. La kundalini est souvent endormie dans le premier chakra et lorsqu’on l’éveille, elle perce les autres chakras en montant jusqu’à la couronne.

Le serpent de mer

Le serpent dans les légendes ne s’arrête à l’animal que nous connaissons. Il peut avoir des ailes comme on l’a vu mais il peut aussi avoir plusieurs têtes comme l’hydre ou Yamata no Orochi. Orochi est un monstre japonais à forme de serpents qui possède huit têtes et huit queues. 

Il existe des serpents qui nagent et donc des serpents de mer n’ont plus qu’à prendre une envergure démesurée pour exister. Les serpents de mer sont des monstres aquatiques souvent utilisés dans les légendes marines, ils sont souvent comparés à des dragons d’eau. Ces serpents sont souvent extrêmement longs et grands. Ca serait dommage de se priver d’un petit concours de taille !

Bien sûr, aucun témoignage ne coïncide avec son voisin et donc ces créatures relèvent de la cryptozoologie, l’étude des créatures imaginaires. On peut d’ailleurs citer la vouivre, femme serpent aquatique, participant au folklore celte.

La pérennité ancestrale

Le serpent prend aussi le symbole ultime du mystère du temps : la mort. Encore. Oui. Toujours. 

Faisant parti du cycle de l’ouroboros, il est le symbole de la pérennité. Le serpent vit au plus près de la terre, peut s’enfuir entre les rochers, s’approche des enfers, il est donc gardien du secret de la vie, recèle l’esprit des défunts et connaît les secrets de la mort. C’est l’animal magicien. Il est à la fois le futur et le passé. 

Certaines croyances pensent que si l’on mange du serpent, on devient clairvoyant. Okay. Pour les Arabes et les Hébreux, le serpent est l’animal à l’origine de la magie. Il est donc lié à la lune mais aussi aux enfers. S’il peut parler aux morts, il est aussi symbole de l’instant difficile, de la révélation et du mystère. Il est celui qui crée le cycle, il a le rôle d’initiateur. 

Le Livre de la jungle de Wolfgang Reitherman

Ce n’est pas pour rien que c’est le serpent qui propose la pomme à Eve. Il est celui qui va commencer le cycle de la vie et de la mort. Mais c’est aussi celui qui apporte la magie et le mystère, inhérent à notre condition et aussi la connaissance ! Via la pomme mais c’est lui qui charme et montre comment c’est cool. Il devient aussi l’attribut de Lilith, la première femme d’Adam. C’est parce que le serpent ou toutes les bêtes qui lui sont attachées, est vaincu que le héros-héroïne naît. Sans lui, le monde resterait mort. Sans lui, pas d’humanité, pas de victoire. C’est parce qu’il accepte d’être le dernier obstacle que les héros, Saint-Michel face au dragon, Jason, Nysamba “la fille du roi des serpents” ou Hercules, pour ne citer qu’eux, deviennent immortels. Le serpent est donc l’aspect positif dans le cycle du héros. Il est l’obstacle qui permet d’atteindre la gloire. Donc dites merci bande d’ingrats !

Ainsi rien que le nom étymologique de Satan, l’adversaire, prend tout son sens. Il n’est que le défi que l’humanité ou le destin doit franchir pour être victorieux. Il n’est rien d’autre que l’élément indispensable du drame.

Le serpent est souvent associé à l’arbre qui porte en lui le même symbole du cycle. On l’a d’ailleurs vu avec le caducée et le bâton d’Asclépios. Mais si l’arbre a pour symbole la renaissance du triomphe par les fleurs et les fruits dans un mouvement vertical alors le serpent a ce même mouvement mais horizontal, qui doit lutter. Pauvre serpent 🙁

Les serpents au cinéma

Comme on est un poil con con et surtout on aime les boucs et mystères, le serpent prend presque toujours le même rôle au cinéma : celui du méchant.

Qu’il soit représentant de l’antagoniste, Nagini pour Voldemort ou même tout simplement le fait que Serpentard ait pour emblème un serpent, que tous les Serpentards mentionnés dans la première saga soit les vilains c’est extrêmement manichéen ou qu’il soit lui-même l’antagoniste dans des films oubliables, il n’a rarement le beau rôle. Son venin et sa capacité à pouvoir terrasser un homme en une morsure fait de lui une peur pour les Hommes. Comment ça un animal peut nous tuer ? C’est trop injuste disent les hommes. #ouinouin

Il y a un autre cliché sur les serpents dont j’aimerais parler. Lorsqu’un serpent parle, il faut toujours qu’il siffle les “s”. On peut le voir dans Robin des bois, Le livre de la jungle, Harry Potter, j’en passe et des meilleurs. Mais ce cliché peut s’appliquer à des êtres qui ne sont pas des serpents mais qui prennent les attributs de la vilenie s’il siffle ainsi. On peut citer Gollum dans le Seigneur des Anneaux ou l’Agent Smith de Matrix qui exagère les “s” finaux voire même M. Burns des Simpsons.

Dans le Livre de la jungle, Kaa est une serpent (à l’origine) qui tente de manger Mowgli en l’hypnotisant. Certains serpents peuvent hypnotiser leur victime, victimes qui sont des rongeurs généralement. Si Mowgli perd la boule, ça en dit long sur lui.

Il y a donc des serpents dans tous les situations possibles et surtout les plus improbables : train, avion, sous-marin, ville ou ta botte. Comme pour le scorpion, le serpent est un animal qui est surement craintif, sa raison de vie n’est pas de laisser derrière lui une montagne de cadavre humains. Et pourtant dans les films, on se lasse pas d’en faire des tueurs sanguinaires. Les animaux qui sont considérés depuis longtemps comme inutile ou laid ou que leur tête ne nous reviennent pas, ont souvent des légendes ou des croyances un peu débiles qui leur collent à la peau. Mais c’est surtout une méconnaissance qui les engendrent. Je ne résiste pas à vous laisser un site qui les recensent

Découvrir les symboles des animaux au cinéma : « Les animaux au cinéma, que nous apprennent-ils ? »

Et puis comme le cinéma c’est souvent un concours de taille géante, on ne se contente pas de petits orfèvres tout mimi. Non, faut balancer le serpent de 60m de long ! Mais rassurons-nous comme on peut, les serpents ne sont pas les seuls animaux géants du cinéma. Noooooooon.

Ces films sont aussi là parce qu’ils exploitent l’ophidiophobie, la peur des serpents.

Les aventuriers de l’arche perdue de Steven Spielberg

Pour conclure, le serpent n’est pas un symbole aussi néfaste que l’on croit généralement. Il porte en lui le mystère, celui que l’on ne veut pas voir. Car si l’on affronte le serpent, alors on en sort grandit. Le serpent n’est finalement que le symbole de la mort fatidique qui nous attend et qu’on a tendance à ne pas vouloir affronter jusqu’au moment final où de toute façon on a plus le choix.

Le serpent n’est que le rappel de notre finitude mais aussi du cycle éternel car s’il l’on se transforme alors nous partirons vers une nouvelle forme dans ce grand mystère qu’est la mort. 

Voilà, j’espère que cet épisode vous aura plu et intéressé ! Le serpent est un symbole utilisé beaucoup trop que pour son aspect néfaste et c’est triste. Réhabilitons les serpents dans le cœur des gens ! 

D’ailleurs, vous avez peut-être des films avec des serpents qui vous ont marqué ? Si vous voulez continuer à me soutenir, j’ai une page Tipeee et Utip, tout est en description. Mais surtout parlez de la chaîne à vos proches ou sur les réseaux sociaux, ça m’aide beaucoup, autant moralement que concrètement !

Et sur ce, je vous dis à bientôt, portez-vous bien et ouvrez l’œil ! 

Quelques films avec des serpents

  • Mad Max 2 George Miller (1981)
  • Hercules Brett Ratner (2014)
  • Une nuit en enfer Robert Rodriguez (1996)
  • La légende de Beowulf Robert Zemeckis (2007)
  • Harry Potter à l’école des sorciers Chris Columbus (2001)
  • Harry Potter et la chambre des secrets Chris Columbus (2002)
  • Harry Potter et les reliques de la mort – partie 1 David Yates (2010)
  • Conan le destructeur Richard Fleischer (1984)
  • Mud – Sur les rives du Mississippi Jeff Nichols (2012)
  • Anaconda, le prédateur Luis Llosa (1997)
  • Le Roi Arthur: La Légende d’Excalibur Guy Ritchie (2017)
  • Les Aventuriers de l’Arche perdue Steven Spielberg (1981)

Raphaëlle Roux

Je suis une sorte de couteau suisse du web : graphiste, illustratrice, vidéaste et photographe.

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